Samedi 23 janvier 2010 6 23 /01 /2010 08:52






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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 07:33

571815 Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, présente ce mercredi une communication en conseil des ministres sur la nouvelle mouture de la taxe carbone et les modalités de l'inclusion des secteurs industriels concernés par les quotas à partir de 2013. Un nouveau texte devrait être voté après les régionales pour être applicable au 1er juillet. Le gouvernement devra trancher trois questions de fond pour sortir de ses contradictions.

Après la décision du Conseil constitutionnel, parfaitement justifiée juridiquement et matérielle ment, l'instauration effective d'une taxe carbone est en débat, car elle appelle la réponse claire et cohérente à trois questions de fond que le gouvernement ne veut et ne peut trancher.

La contribution carbone est-elle ou non un impôt ? La réponse est, sans équivoque, oui. Elle apparaît comme le premier acte d'une véritable fiscalité verte conçue comme substitut à la fiscalité sur le travail. On ne peut que s'en réjouir. Mais si la taxe est un impôt, il faut qu'elle en respecte les caractéristiques ; elle ne peut simultanément être versée au budget général et servir d'alimentation à un fonds dédié à la reconversion vers une économie sobre. Elle doit de surcroît répondre au principe de la justice et de l'égalité fiscale. A mes yeux, la contradiction doit être tranchée clairement entre impôt et contribution reversée. En attendant l'émergence d'une réelle fiscalité verte qui devrait s'étendre à tous les champs de l'utilisation des ressources collectives et frapper toutes les formes de pollution, une solution intermédiaire pourrait consister en l'affectation temporaire, par dérogation à la règle de l'universalité budgétaire, à un fonds spécifique, pour la transition vers une économie décarbonée, qui pourrait être abondé par une taxe sur la rente pétrolière.

Le secteur industriel doit-il payer ? Les lobbys avaient obtenu que l'industrie soit totalement dispensée puisque soumise aux quotas d'émissions, à ceci près que leur allocation initiale est gratuite jusqu'en 2013. L'inéquité et l'inefficacité du système, au détriment des consommateurs, ont été sanctionnées à juste titre par le haut conseil. Le Medef, qui était parvenu, en échappant à tout débat public sur le sujet, à éviter toute taxation, refuse désormais la taxe carbone.

Majoritairement acquis aux industries du XXème siècle et non à celles du XXIème plus modestes et moins représentées, il poursuit une politique qui refuse la reconversion accélérée de l'industrie française en une industrie de la décarbonisation et de la sobriété, rendant ainsi plus qu'improbable une réindustrialisation de notre pays. La fiscalité verte devrait favoriser l'économie verte, en France comme en Europe où se pose la question de la taxation carbone à l'échelle européenne au moins en complément des quotas. Une taxe carbone ne doit-elle pas être imposée à nos frontières ? La réponse française doit être cohérente avec le choix européen.

L'électricité doit-elle être taxée ? La réponse est, évidemment, oui, mais le gouvernement le refuse malgré un risque contentieux très fort. Il le fait pour défendre le nucléaire qui devient une plaie de l'économie française, sur le plan financier comme sur le plan industriel, en passant sous silence "la rente nucléaire" dénoncée par la Commission européenne. Ce refus de taxer l'électricité illustre le refus d'engager une réelle politique d'économie d'énergie électrique, en contradiction avec les engagements communautaires et avec les intérêts de tout le secteur industriel de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Il repousse ainsi le développement de réseaux de distribution d'électricité "intelligent" qui optimisent la production et la distribution et permettent aux consommateurs d'économiser l'énergie.

Ainsi, la France affirme un modèle obsolète de centralisation énergétique, peut-être favorable aux quelques très grandes entreprises qui misent aujourd'hui sur le nucléaire, mais globalement très nuisibles pour toutes celles qui s'orientent vers les technologies propres et plus généralement encore aux contribuables et consommateurs sommés de financer des choix industriels contre-productifs. Ce refus d'intégrer l'électricité passe par ailleurs sous silence la "rente nucléaire" que dénonce la Commission et à laquelle s'était attaqué le rapport Champsaur. Or, le fait de sortir du champ de la taxe, l'électricité ne fait que renforcer une situation très contestable d'EDF qui ne bénéficie en rien aux consommateurs français et va irriter davantage ceux qui considèrent qu'on ne peut invoquer la concurrence de manière univoque, simplement quand elle vous est favorable.

Faute de trancher clairement sur ces trois questions qui mettent en lumière les contradictions insoutenables de la politique française, la taxe carbone n'est pas encore sur les bons rails.


Corinne Lepage, député européen, ancien ministre de l'Environnement

Article original: La Tribune.fr

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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 21:39
571815 Tout d'abord, même si le mouvement est très minoritaire au sein des pays européens, la France n'est pas le seul pays à envisager une taxe carbone en interne.

En Suède, le premier dispositif est apparu dès 1991, dans un contexte de ''réforme fiscale d'ensemble'', selon Emmanuel Combet, spécialiste des politiques fiscales au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED). En contrepartie de la taxe carbone, le gouvernement a concédé une réduction de la taxe marginale de l'impôt sur le revenu à 50% maximum, une réduction de l'impôt sur les sociétés de 57% à 30%, et une généralisation de la TVA à un taux uniforme. Cette cohérence de la démarche politique a facilité l'acceptation sociale du nouvel impôt. D'un montant initial de 27 euros par tonne de CO2, la taxe s'élève aujourd'hui à 108 euros. Si les entreprises n'acquittent que 20 % de la taxe, ce taux devrait monter à 30% à partir de 2011, voire à 60% à l'horizon 2015. Dans le même temps, le PIB suédois a progressé de 44% entre 1990 et 2005. Le Danemark, la Finlande, la Norvège disposent eux aussi d'une taxe carbone. En Allemagne, une taxe sur l'électricité et les combustibles a été mise en place, et en Angleterre une taxe sur l'énergie existe également. Ainsi, indépendamment ou en complément du système de quotas, certains pays ont fait le choix d'une taxe carbone ou d'une taxe sur l'énergie. Dès lors, la question de l'imposition des produits importés se pose déjà directement.

En second lieu, la question se pose effectivement au niveau communautaire dans les secteurs comme le transport ou l'agriculture, qui ne sont actuellement pas couverts par la Directive 2003/96/CE du Conseil du 27 octobre 2003 sur la taxation de l'énergie. Une révision de cette directive obligerait les Etats membres à lever une taxe CO2 sur les carburants fixée à un niveau spécifié par l'exécutif européen (ou à un niveau supérieur). Cette taxe serait ajoutée, dès 2013, au prix de combustibles comme le gasoil, le kérosène ou le gaz naturel. Le sujet est d'autant plus d'actualité que le marché des quotas n'a manifestement pas tenu ses promesses et que, si l'Europe atteint presque les objectifs de Copenhague, elle le doit à la crise…et non pas aux quotas. De plus, le marché ne donne aucune garantie sur les prix, ce qui rend très difficile la visibilité et donc des investissements sur les solutions alternatives. Dès lors, le recours à la taxation plutôt qu'au marché est une vraie question.

En troisième lieu, après Copenhague, la question de la taxe carbone au niveau des frontières européennes est clairement posée. D'abord, le Président Obama envisage un système qui s'apparente à la taxe carbone. Sous le nom de surtaxe pollution, il s'agit de faire payer « l'achat » de chaque tonne de carbone. Le projet est donc très proche d'une taxe. En second lieu, la volonté manifestée par de nombreux responsables européens, non seulement de maintenir les 20% de réduction de GES, mais de parvenir à l'objectif de 30% pose la question de l'effort demandé aux entreprises européennes, ou tout au moins aux entreprises qui fabriquent sur le territoire européen par rapport à celles qui bénéficient d'un dumping social et environnemental. Comment répondre à ces exigences s'il est facile d'importer en Europe des produits carbonés sans avoir fait aucun effort de réduction d'émissions et n'avoir acquitté aucune taxe ? Ce serait non seulement injuste, mais de surcroît inéquitable. Certes, il faudra veiller à préserver les pays pauvres pour l'importation de leurs produits manufacturés (relativement peu abondants), mais la nécessité d'évoquer une taxe carbone est indispensable pour garantir que le marché de consommation européen pèse dans le débat général, et pour pousser à des objectifs contraignants partagés.

Ainsi, la question de la taxe carbone est-elle appelée à revenir sur le devant de la scène en Europe.

Corinne Lepage
Député européen Modem, Vice-Président de la Commission Environnement du Parlement Européen

Article original sur Actu-environnemment

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